La rue
de la Chouette est intimement liée à l'histoire de la chouette, puisque, au Moyen
Age, elle s'appelait comme aujourd'hui, faisant référence au petit rapace
nocturne sculpté au flanc de l'église.Puis elle fut rebaptisée rue Notre-Dame,
sans doute à l'instigation de paroissiens soucieux de rendre la suprématie au
culte de la Vierge. En 1904, l'anticléricalisme triomphant, la municipalité débaptisa
à nouveau la rue pour lui donner un nom laïc, jugé plus conforme pour un lieu
public.
On hésita pour Eugène
Pottier (membre de la commune
de Paris et auteur des paroles de l'Internationale) et finalement, la ruelle devint
celle de Gracchus
Babeuf, révolutionnaire et inspirateur du communisme. En 1957,
la rue reprit son nom initial, restituant à la chouette un rôle patronymique qu'elle
mérite bien. Qui ne l'a caressée un jour ou l'autre de la main gauche en faisant
un voeu, riant peut-être de ce rituel d'un autre âge, mais espérant au fond de
lui-même qu'il se réalise ?

Porte-bonheur
chéri des
Dijonnais,
la chouette garde son secret d'inconnue familière. Diverses hypothèses ont été
avancées pour expliquer son origine, mais aucune n'a de fondement historique exact.
Les uns ont vu dans la chouette la personnification du Christ, parce qu'il aimait
les hommes "qui ne sont que ténèbres". D'autres en ont fait le symbole
des juifs "vivant dans les ténèbres" aux yeux des chrétiens. Elle aurait
rappelé par ailleurs, en signe d'opprobre, leur occupation mercantile dans le
voisinage de l'église. D'autres encore y voyaient le symbole fétiche
d'
Athéna, déesse grecque
de la sagesse qui aurait accompagné l'édification de Notre-Dame et guidé les compagnons
sur le chantier.
L' historien
dijonnais Eugène
Fyot,
au siècle dernier, pensait plus simplement
que l'un des maîtres d'oeuvre de Notre-Dame s appelait
peut-être Chouet
et qu'il s'agissait de sa signature. Ainsi,
à Vienne, en Dauphiné,
un certain Glaucus,
sculpteur, avait signé son oeuvre d'une chouette sculptée sur une corniche par
analogie avec son nom . Quoi qu'
il en soit, la petite chouette de Notre-Dame,
toute patinee
par les milliers de mains qui la caressent depuis des siècles,
reste la preuve émouvante
de la vivacité des rites et de attachement des habitants d'une ville et
d' un quartier à
ses symboles.
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